
« ça sent la douille… » …souffle discrètement dans son micro un de mes collègues. Nous sommes en 2022, et le directeur quitte la réunion d’équipe sur Teams. Le plan de réorganisation venait d’être présenté. Une présentation sans vision, sans énergie, désincarnée. Une information transmise. Il a fait le job, mais avec quelle intention et pour quel résultat ?
Qui n’a pas connu cette situation ?
Dans le domaine de l’accompagnement, on parle de congruence. Du latin congruentia : accord, conformité. On parle aussi aujourd’hui d’alignement entre les paroles et les actes. Sans cet alignement, sans congruence, comment créer un management sain et motivant ? Comment engager les équipes et créer la confiance ?
En milieu professionnel, la maîtrise technique et les savoirs faire ne suffisent plus à garantir une progression de carrière. L’art oratoire s’impose désormais comme une compétence complémentaire stratégique pour quiconque souhaite accroître son impact au sein de l’organisation.
Qu’il s’agisse de fédérer une équipe de proximité quand on est manager, de soutenir une vision devant un comité de direction quand on est dirigeant ou de porter un projet complexe face à une équipe de pairs, la capacité à incarner un discours clair et à convaincre avec justesse est un facteur de différenciation.
Se former à l’aisance relationnelle permet de transformer chaque prise de parole en une opportunité d’asseoir son leadership et de renforcer son influence durablement. L’art oratoire permet de prendre conscience de ce qu’on dégage et d’incarner pleinement son discours : le manager est jugé autant sur ce qu’il dit que sur comment il le dit.
Voici 4 clés à systématiser dans ses interventions pour engager les équipes, en présentiel ou en distanciel.
La première clé du manager réside dans sa capacité à préparer son intervention. Voici quelques questions clés à se poser :
Conseil : votre avis authentique est souvent ce qui a le plus de valeur pour les autres. Dire pourquoi c’est important pour vous, ou ce que vous pensez réellement, est souvent le meilleur engagement pour les équipes.
Ce que j’aurais voulu entendre de mon directeur : « je sais que ce n’est pas la première réorganisation, et que c’est encore très flou… J’organiserai un temps d’échange commun pour répondre à toutes vos questions ».
« Il faut balayer le public du regard » a cru bon de me conseiller un jour un directeur. L’expérience me prouve qu’il faut faire exactement le contraire : le public ne se balaye pas, il se considère. Ce n’est pas non plus pertinent de regarder un point imaginaire au fond de la salle.
Par le regard, je crée le lien, j’observe l’autre ou les autres. C’est le premier outil de l’art oratoire, et le plus important : je montre ma pleine écoute, ma disponibilité, je rassure, et je considère mon auditoire. Le regard se doit donc d’être aléatoire parmi l’auditoire, posé quelques secondes sur chaque individu.
Si le regard est une clé, c’est parce que l’attention de l’auditoire décroche lorsque je ne le regarde plus, et l’inverse est également vrai. Qui ne s’est jamais senti obligé de ranger son téléphone quand l’animateur d’une réunion posait les yeux sur lui ?
Un regard au sol ou dans le vide vous amène à l’intérieur de vous, de votre propre réflexion, de votre texte, de vos préoccupations, de votre stress d’oublier votre texte. Vous n’êtes plus avec l’auditoire, ou avec la personne en face de vous. Or, ce n’est pas à l’auditoire de s’adapter à l’orateur, mais l’inverse.
Conseils :
Une fois posé, le regard entraîne le dos : comment regarder votre auditoire si vous êtes voûté ? Le corps n’est pas un outil mensonger : il raconte si ce qui est dit est assumé ou non.
En outre, le dos droit ouvre la cage thoracique, et permet le dégagement de la voix.
Alors comment faire ?
A quels écueils dois-je faire attention ?
Conseils : prenez conscience de vos tics gestuels ou de langage en posant la question à votre entourage pro/perso. Feedback is really a gift !
La voix doit être stable sans être monotone : c’est-à-dire en appuyant les mots importants, en marquant les silences. Elle doit remplir la pièce, et donc s’adapter au contexte, à l’auditoire, au lieu, et à l’intention. « Il faut désirer une belle voix » disait Cicéron, c’est souvent un élément négligé dans la préparation orale.
Alors comment préparer et adapter sa voix ?
En présentiel, tout sera déterminé par la taille de la salle, et de votre auditoire. Par exemple en conférence, rendez-vous sur le lieu quelques temps auparavant avec un(e) complice qui se mettra au fond de la salle. Évaluez la puissance sonore nécessaire pour mieux vous préparer.
En distanciel tout est différent : l’auditoire est très facilement déconcentré par la multiplicité des écrans. Dynamisez l’interaction en doublant le volume : vous hurlerez chez vous, les autres vous considèreront juste comme « dynamique ». Faites le test c’est étonnant.
En amont, entraînez votre corps :
Conseil : préparez ce que vous voulez dire à votre collaborateur ou votre équipe, et enregistrez-vous. 1ère version neutre, peu engagée. 2e version incarnée : intention, débit plus lent, appui sur les mots clés. A la relecture, que pourriez-vous travailler : le regard, le dos, ou la voix ?
C’est la première question des managers : que dois-je faire de mes mains, de mes bras ? La réponse est simple, n’y pensez plus. En respectant les conseils ci-dessus, vos gestes suivront naturellement le discours.
L’art oratoire est un exercice d’entraînement et de confiance en soi. Personne ne fait un marathon le lendemain de sa résolution du 1er janvier. Commencez petit pas par petit pas, lors de réunions simples et sans enjeu. Et soyez indulgent avec vous-même car n’oubliez pas : c’est tout un art !
Coach certifié, consultant et formateur en management pour les équipes dirigeantes, facilitateur de collectifs
Arnaud est spécialisé en soft-skills et relations interpersonnelles, grâce à 10 ans de conseil, il accompagne les équipes à rester engagées et motivées, à fidéliser les talents et transformer les résistances au changement.