
Le parallèle entre le sport et le management valorise souvent la performance, le dépassement de soi. En bref, le moment héroïque. Pourtant, ni le sport ni le management ne se vivent comme une finalité. Ce sont deux expériences qui s’inscrivent dans le temps long, qui demandent de la patience, une connaissance fine de soi, et surtout un travail continu, parfois toute une vie.
Dans les deux, il y a des moments d’exaltation, de flow au sens de Mihaly Csikszentmihalyi, mais aussi de la fatigue, des renoncements, des doutes et des angoisses.
Puisque le parallèle entre les deux est poreux, j’ai choisi de profiter de la préparation de mon prochain trail dans le massif grenoblois pour interroger ce à quoi je n’avais pas pensé lors de ma prise de poste de manager, il y a de nombreuses années.
À cette occasion, François-Xavier Pierrel, CDO du groupe TF1 et trailer, a accepté de partager son regard sur le sport et les liens étroits qu’il entretient avec son métier.
Étrangement — ou peut-être pas — je me lance dans ces entraînements comme je suis devenu manager : sans réelle préparation, avec quelques contre-exemples glanés ici ou là, et avec la fougue du démarrage. Pourtant, je le savais déjà : démarrer trop vite essouffle. Courir sans but finit toujours par faire oublier pourquoi l’on est parti. Et dans ce cas, à quoi bon ?C’est malheureusement la réalité du terrain. Aujourd’hui, environ un tiers des managers déclarent n’avoir jamais été formés au management. Ce sont les désormais célèbres « accidental managers » (1). Mon expérience de coach et formateur complète ce constat : sur les 1 698 managers que j’ai accompagnés en 2025, 90 % n’avaient jamais engagé le moindre travail introspectif.

Or ce travail introspectif permet précisément de tisser le fil rouge, aussi bien dans son management que dans ses entraînements.
La question du pourquoi reste incontournable : pourquoi suivre cette direction ? À quels besoins, injonctions, aspirations ou valeurs cela répond-il ? Quelle place ai-je réellement envie de donner à cet engagement dans ma vie ?
Le pourquoi renvoie à une quête de sens. Issu du latin sentire « percevoir par les sens, saisir par l’intelligence » le sens est un chemin profondément personnel.
Pour François-Xavier Pierrel, « c’est ce qui me permet à la fois d’être épanoui, et de contribuer à un collectif, dans le sport comme dans le management. Si je ne retrouve pas ce sens dans l’engagement que je prends, je n’y vais pas. Sinon ça dure 6 mois et ça ne fonctionne pas ».
Le sens agit alors comme une boussole. Il peut être donné, mais aussi trouvé. Sans revenir sur le désormais célèbre « Start with Why ? » de Simon Sinek, d’autres outils peuvent soutenir ce travail introspectif.
Le croisement des quatre critères de l’Ikigai japonais (« joie de vivre » ou « raison d’être ») constitue, sans être une finalité, un levier puissant de clarification.

Autre approche, chère à Inspirations Management : l’alignement tête – cœur – corps. Ce triptyque rappelle une évidence souvent négligée : ce que je pense, ce que je ressens et ce que je fais doivent aller dans la même direction.
Lorsque ces dimensions sont alignées, le manager comme le sportif avance avec plus de clarté, d’énergie et de justesse. Lorsqu’elles ne le sont pas, la fatigue, la frustration et la confusion s’installent.
François-Xavier Pierrel : « Cet alignement n’est pas un luxe, c’est une condition de durée. En tant que dirigeant, je dois m’assurer de comprendre le sujet et ses enjeux, c’est la tête. Le cœur, c’est l’adhésion : je minimise mon intérêt personnel au profit du collectif. Ensuite, la mise en mouvement se fait naturellement. »
« En trail c’est exactement le même fonctionnement : je choisis un challenge sportif, une région que j’aime, et des personnes avec qui le partager. La mise en mouvement ne devient plus qu’un plaisir au service de cet objectif. »
En tant que dirigeant, le sport peut être à la fois un exutoire et un formidable terrain d’apprentissages.
C’est souvent une recherche volontaire de situations où il est impossible de tricher. Des espaces où l’engagement, la discipline et la lucidité ne sont pas des concepts, mais des conditions de survie. Dans l’effort, on avance seul, sans artifice possible. Et inévitablement, l’ego comme l’illusion de contrôle finissent par être sérieusement bousculés.
François-Xavier Pierrel : « Quand tu cours, tu ne contrôles pas tout. Tu te prépares avec assiduité, puis le jour J, il fait 4 degrés, il pleut, et tu fais avec. Tu peux tout faire pour maximiser ta performance, mais tu ne peux jamais prévoir la réaction du corps ou celle de l’environnement. »
Lorsque je lui demande le parallèle avec sa posture managériale, la réponse vient sans hésitation, presque comme une évidence.
François-Xavier Pierrel : « Dans mon activité, le cadre est connu de tous : l’organisation, le rythme, les règles du jeu. À l’intérieur, les équipes sont libres de fonctionner. Mais il existe en permanence des facteurs exogènes qui viennent m’impacter. Mon rôle n’est pas de les combattre, mais de les anticiper ou de les minimiser pour limiter leur impact. »
Au fond, la question est toujours la même : comment accepter l’imprévu quand tout a été préparé avec soin, et surtout comment continuer à avancer avec ce qui se présente. Que l’on soit à la tête d’une équipe de plus de cent personnes ou confronté à une pluie glaciale lors d’une sortie longue.
Peut-être est-ce aussi cela, la quête de Sens : apprendre à lâcher prise sans renoncer.
Car pour avoir des équipes engagées, il faut des managers épanouis, capables de se réaliser dans ce qu’ils font. Difficile de transmettre du plaisir quand on n’en éprouve aucun soi-même.
Le prochain défi de François-Xavier ? Le marathon de Deauville, qu’il courra avec ses enfants. Le Sens, lui aussi, se transmet.
(1) D’après une enquête Robert Walters menée auprès de plus de 600 cadres en France en 2024.
Coach certifié, consultant et formateur en management pour les équipes dirigeantes, facilitateur de collectifs
Arnaud est spécialisé en soft-skills et relations interpersonnelles, grâce à 10 ans de conseil, il accompagne les équipes à rester engagées et motivées, à fidéliser les talents et transformer les résistances au changement.