
Pendant longtemps, dans beaucoup d’entreprises, la présence physique rassurait.
Les équipes étaient là. Les bureaux vivaient. Les managers croisaient leurs collaborateurs entre deux réunions, captaient une tension, une fatigue, une baisse d’énergie sans forcément avoir besoin d’un point formel pour cela. Et puis le Covid a bouleversé cet équilibre.
En quelques semaines, des entreprises entières ont appris à fonctionner autrement. Les bureaux se sont vidés, parfois durablement. Et beaucoup ont découvert que le travail pouvait continuer à distance, parfois même avec une efficacité inattendue. Le télétravail a répondu à de vraies attentes : Davantage d’autonomie, moins de temps perdu dans les transports, une meilleure concentration pour certains ; un autre équilibre de vie aussi.
Mais quelques années plus tard, une autre réalité apparaît progressivement.
Dans de nombreuses organisations, le sujet n’est plus seulement de savoir où les collaborateurs travaillent. Il devient : comment maintenir l’engagement, le lien et le sentiment d’appartenance dans un fonctionnement devenu beaucoup plus fragmenté ? Et c’est souvent là que réapparaît la question de l’absentéisme.
Pas uniquement comme un indicateur RH ou un sujet de coût.
Mais surtout comme un signal plus large sur notre rapport collectif au travail.
Le ministère du Travail rappelle d’ailleurs dans un dossier publié en avril 2026 que la prévention de l’absence au travail ne pouvait pas se limiter aux seuls dispositifs administratifs ou de contrôle. Le document insiste notamment sur les démarches de qualité de vie et des conditions de travail (QVCT), le dialogue professionnel et la formation des managers comme leviers de prévention.
Évidemment, toutes les absences ne racontent pas la même chose.
Certaines relèvent de problématiques de santé importantes, parfois lourdes. D’autres sont liées à des situations personnelles, familiales ou à des parcours de vie qui dépassent largement l’entreprise. Le sujet mérite donc d’être abordé avec nuance. Mais dans les entreprises, l’augmentation des absences interroge aussi sur autre chose : la fatigue mentale, l’usure relationnelle, la perte de sens ou le désengagement silencieux que certaines équipes traversent aujourd’hui.
Car il existe parfois une forme d’absence plus difficile à mesurer : celle de collaborateurs toujours présents dans les outils, dans les réunions ou dans les reportings… mais qui se sentent progressivement déconnectés du collectif. C’est probablement ce qui rend le sujet si complexe.
L’absentéisme ne renvoie pas uniquement à la santé individuelle. Il questionne aussi la manière dont les organisations fonctionnent, coopèrent et créent — ou non — de l’engagement.
Le débat “présentiel contre télétravail” est devenu tellement caricatural qu’il finit parfois par masquer les vrais enjeux. Le sujet n’est pas de revenir en arrière. La flexibilité est devenue une attente forte pour beaucoup de salariés, et certaines entreprises ont trouvé des équilibres très efficaces.
Mais il faut aussi reconnaître que le travail hybride a transformé des mécanismes relationnels qui passaient auparavant presque inaperçus.
Avant, une partie du lien collectif se construisait naturellement :
Aujourd’hui, beaucoup de managers pilotent des équipes qu’ils voient finalement assez peu. Et cela change profondément certaines choses. Dans plusieurs organisations que nous accompagnons, le sujet n’est d’ailleurs pas forcément un manque d’implication des collaborateurs. Le plus difficile est parfois ailleurs : dans l’effacement progressif du collectif. Moins de conversations spontanées. Moins de signaux faibles visibles. Moins de moments de coopération informelle. Moins d’occasions aussi de détecter qu’un collaborateur commence à décrocher.
Le travail continue. Les objectifs sont parfois atteints. Mais le lien, lui, peut progressivement s’affaiblir sans bruit.
C’est probablement l’un des grands changements de ces dernières années. Pendant longtemps, une partie du management reposait implicitement sur la proximité physique. Beaucoup de choses se régulaient naturellement dans le quotidien. Aujourd’hui, maintenir une équipe engagée demande davantage d’intentionnalité. Créer du lien devient presque un acte managérial à part entière.
Cela suppose :
Car l’autonomie ne supprime pas le besoin de reconnaissance, de dialogue ou d’appartenance. Et c’est sans doute pour cette raison que le ministère du Travail identifie désormais explicitement la formation des managers parmi les leviers de prévention de l’absentéisme, aux côtés des démarches de QVCT et du dialogue professionnel. Ce n’est pas anodin. Cela signifie que la prévention ne se joue plus uniquement dans les procédures RH ou les politiques sociales. Elle se joue aussi dans la qualité du management au quotidien.
Ces dernières années, les entreprises ont beaucoup travaillé sur la flexibilité. Et c’est souvent une évolution positive. Mais il existe parfois un paradoxe peu évoqué : plus un fonctionnement laisse de liberté, plus il nécessite de clarté relationnelle et organisationnelle. Car l’absence de cadre n’est pas toujours vécue comme du confort.
Beaucoup de collaborateurs ont encore besoin :
Lorsque tout devient très individualisé, certaines personnes finissent par perdre progressivement leur ancrage dans l’équipe ou dans l’entreprise. Or l’engagement ne se décrète pas. Il se construit dans la qualité des relations, dans la confiance, dans le sentiment d’utilité et dans la possibilité de trouver sa place dans un collectif. Et c’est probablement là que certaines organisations se retrouvent aujourd’hui face à une difficulté de fond : on ne recrée pas durablement de l’engagement uniquement avec des process, des indicateurs ou davantage de contrôle.
Face à la hausse des absences, la tentation peut être forte de chercher des réponses rapides : davantage de présence au bureau, plus de contrôle ou des politiques de suivi plus strictes. Ces leviers peuvent parfois avoir leur utilité. Mais ils ne répondent pas toujours à la question de fond.
Car derrière l’absentéisme, il y a peut-être aussi une interrogation plus large sur la place du travail dans nos vies, sur la qualité des relations dans les organisations et sur la capacité des entreprises à maintenir un collectif vivant malgré des modes de fonctionnement devenus plus éclatés.
Chez Inspirations Management, nous sommes convaincus que la performance durable passe par la qualité des relations et un leadership capable de créer de l’engagement, de la confiance et du sens.
Transformer les pratiques managériales, ce n’est pas seulement améliorer la performance ou l’organisation du travail. C’est aussi contribuer à faire du travail un lieu d’épanouissement pour tous.
Source : Ministère du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles, « Réduire l’absence au travail – Améliorer la prévention des arrêts de travail et renforcer la lutte contre les comportements abusifs », dossier de presse, avril 2026.
Céline de Robert : consultante et auteure spécialisée en management et en interculturalité des organisations
Céline de Robert partage régulièrement ses convictions sur le blog d’Inspirations Management. Elle s’intéresse aux outils qui développent le leadership des managers et des dirigeants qu’elle accompagne. Son expérience professionnelle et sa formation lui permettre d’offrir une vision précise sur des sujets tels que les dynamiques managériales, ainsi que les problématiques spécifiques aux organisations internationales et interculturelles.