Leadership au féminin : être compétente ne suffit pas ! 5 clés pour gagner en visibilité

Il y a peu, j'ai animé une conférence auprès de femmes DAF qui cherchaient à se rendre plus visibles dans leur entreprise. Évidemment le public était féminin mais il y avait aussi un homme dans la salle. Peu de temps après le début de la conférence, il a posé une question aux femmes présentes : se sentaient-elle vraiment invisibles dans leur entreprise, ce qu’il avait du mal à croire. Plus de 80% des femmes ont signifié clairement à cet homme que c'était leur quotidien !
En période d’incertitude, l’écoute est le levier managérial de performance
Réactiver son écoute quand on est manager.

La compétence suffit rarement à être reconnue en entreprise. Et la visibilité est aussi une compétence qui s’apprend et qui doit être développé clairement chez de nombreuses femmes. Bien sûr, certaines sont plus à l’aise pour se mettre dans la lumière mais plus qu’un don tombé du ciel, la visibilité est un art à acquérir.

Pourquoi les femmes même plus compétentes ne sont pas toujours les plus visibles ?

Vous maîtrisez votre sujet, vous êtes fiable et compétente, vous obtenez les résultats attendus, voire vous les dépassez. Pourtant, lorsqu’il est question d’une promotion, d’un projet stratégique ou d’un poste à responsabilité, votre nom ne vient pas spontanément à l’esprit de votre direction. Et si votre expertise ne suffisait pas ?

« Mon travail parlera pour moi » : une conviction qui atteint ses limites

Nous avons souvent appris, dès le plus jeune âge, qu’il fallait d’abord bien travailler, faire ses preuves, être irréprochable. Que la reconnaissance viendrait naturellement, à force de sérieux et de persévérance.

Cette conviction est rassurante. Elle valorise le mérite, l’engagement et la compétence. Mais elle se heurte souvent à la réalité du monde professionnel : la valeur que nous apportons et la valeur que les autres perçoivent ne coïncident pas toujours.

Prenons l’exemple d’une directrice financière. Elle anticipe les risques, sécurise les décisions, fluidifie les relations avec les autres services et évite bien des difficultés à son entreprise. Tout fonctionne. Les tableaux sont fiables, les échéances respectées, les alertes traitées à temps.

Mais qui voit réellement tout ce qu’elle a rendu possible ? Qui mesure les problèmes qu’elle a évités ? 

Et lorsqu’il faut identifier les futurs dirigeants de l’entreprise, sera-t-elle spontanément perçue comme une décideuse stratégique ou seulement comme une excellente experte technique ?

C’est tout le paradoxe de certaines contributions professionnelles : être efficace pour éviter les problèmes, mais avoir une valeur ajoutée peu visible. C’est ce qu’on peut appeler l’effet « climatisation » : quand ça fonctionne, chacun trouve ça « normal » ; dès que ça ne marche plus, on crie au scandale !

Bien faire son travail est indispensable bien évidemment. Faire prendre conscience de l’apport de ce travail pour l’organisation l’est tout autant.

La visibilité n’est pas une question d’ego

Le mot « visibilité » suscite des réactions contrastées. Pour certaines il évoque l’ambition. Pour d’autres l’exposition, l’ego ou l’envie de se mettre en avant. Certaines confondent aussi l’influence avec le pouvoir et la manipulation. 

Ces représentations peuvent nous freiner. Nous préférons laisser la parole aux autres, attendre d’avoir une idée parfaitement aboutie ou minimiser nos réussites pour ne pas paraître prétentieuses.

« Je vais encore creuser un peu avant de proposer mon idée »

« Je ne suis pas experte sur le sujet, mais… »

« C’est peut-être une mauvaise idée… »

Ces précautions peuvent sembler anodines. Pourtant, à force de les répéter, nous fragilisons nous-mêmes la portée de nos interventions, parfois avant même d’avoir exposé notre raisonnement. Certaines femmes s’auto interrompent, et cela peut aller jusqu’à une forme d’auto sabotage.

À l’inverse, d’autres personnes expriment leurs idées avec assurance, prennent la parole rapidement et rendent leurs contributions plus facilement identifiables. Cela ne signifie pas nécessairement qu’elles sont plus compétentes. En revanche elles vont être davantage associées à des compétences de leadership, de prise de décision et de vision stratégique.

La visibilité ne consiste donc pas à parler plus fort, à occuper tout l’espace ou à se transformer en quelqu’un d’autre. C’est juste une question d’impact. Et c’est d’autant plus important que certaines personnes – souvent des hommes ☹- pratiquent ce qu’on appelle le Man-terrupting en coupant fréquemment la parole aux femmes qui s’expriment. D’autres encore se mettent à expliquer à une femme experte dans un domaine, des choses basiques sur le sujet ! c’est ce qu’on appelle le Mansplaining ou comment dire à une femme chirurgienne où se trouve le cœur !

Rendre visible la valeur que l’on apporte, faire entendre ses idées et contribuer aux décisions qui comptent

Dans le fait de se rendre visible, il ne s’agit pas de renoncer à la discrétion, à l’écoute ou à l’humilité. C’est possible de la faire de façon compatible avec ses valeurs. Il s’agit par contre de ne pas laisser ces qualités devenir des freins à la reconnaissance de son travail.

Le plafond de verre… et le plafond de silence

Les difficultés de visibilité ne reposent pas uniquement sur des comportements individuels. Les organisations sont également traversées par des habitudes, des représentations et des biais qui influencent la manière dont nous évaluons les personnes.

Une même attitude peut être interprétée différemment selon la personne qui l’adopte. Une femme qui défend fermement son point de vue pourra être jugée trop autoritaire là où un homme sera considéré comme affirmé. Une réussite pourra être attribuée au talent d’un collaborateur, mais à la chance ou au soutien de son entourage lorsqu’il s’agit d’une collaboratrice.

À cela peuvent s’ajouter des mécanismes plus discrets : nous accordons spontanément davantage de confiance aux personnes qui nous ressemblent, nous privilégions les profils déjà connus et nous reproduisons parfois des modèles de leadership qui ont fait leurs preuves… ou que nous croyons juste avoir vus faire leurs preuves. Dans ce contexte, être présente autour de la table ne signifie pas nécessairement prendre sa place dans la discussion.

Faut-il pour autant considérer que tout se joue à l’extérieur de nous ? Certainement pas. Mais il serait tout aussi réducteur de faire peser toute la responsabilité sur les femmes, en leur demandant simplement d’avoir davantage confiance en elles.

L’enjeu est double : faire évoluer les pratiques collectives et donner à chacune (et chacun) les moyens d’agir sur sa propre visibilité.

Développer son influence sans se vendre

Une fois sa légitimité technique établie, une autre question se pose : comment être reconnue comme une personne capable de prendre de la hauteur, de traiter des sujets complexes et d’entraîner les autres ?

La réponse passe notamment par l’influence.

L’influence ne doit pas être confondue avec le pouvoir hiérarchique. Le pouvoir permet de prendre certaines décisions ou de fixer un cadre. L’influence consiste à créer les conditions pour que les autres comprennent une proposition, y adhèrent et aient envie de contribuer à sa mise en œuvre.

Elle repose sur plusieurs leviers : comprendre les enjeux, les contraintes de ses interlocuteurs, donner du sens au quotidien, construire des relations de confiance, argumenter et ouvrir des possibilités.

Cela suppose également d’accepter une réalité parfois inconfortable : les décisions se préparent souvent avant la réunion où elles sont officiellement prises.

Échanger en amont avec les personnes concernées, identifier leurs attentes, écouter leurs réserves et repérer ses alliés ne relève pas nécessairement de « la politique » au mauvais sens du terme. C’est une manière de mieux comprendre le système dans lequel nous évoluons. On appelle cela agir sur sa « matrice des alliés ».

Et cela avec une limite claire : influencer n’est pas manipuler. Une influence responsable respecte la liberté de choix de l’autre et recherche une adhésion fondée sur la compréhension, et non sur la dissimulation ou la pression.

Nous n’avons pas toujours le pouvoir de décider. En revanche, nous disposons souvent de plus de leviers d’influence que nous ne l’imaginons.

Cinq pratiques simples pour gagner en visibilité

La visibilité ne se construit pas uniquement lors d’une grande présentation ou d’une intervention devant un comité de direction. Elle se développe au quotidien, grâce à des comportements réguliers. Voilà 5 clés concrètes pour gagner en visibilité.

1. Prendre la parole plus tôt.

En réunion, attendre le moment parfait peut conduire à ne jamais intervenir. Préparez une question, partagez un point de vigilance ou une première analyse, et exprimez-vous dans les premières minutes. Vous n’avez pas besoin d’avoir réponse à tout pour contribuer utilement.

2. Parler de ses résultats sans s’excuser.

Partager une réussite n’est pas se vanter. C’est donner à voir une contribution. Au lieu de dire simplement « Le projet s’est bien passé », précisez ce que vous avez apporté : « Nous avons réduit les délais de traitement de deux semaines grâce à la nouvelle organisation que j’ai mise en place avec l’équipe ». Valoriser aussi son équipe est toujours un plus.  Les faits, les chiffres donneront de la consistance à votre message et le crédibiliseront.

3. Formuler des recommandations.

Ne vous limitez pas à présenter des chiffres, des constats ou des difficultés. Expliquez ce qu’ils impliquent et ce que vous préconisez. Une posture stratégique consiste aussi à relier l’analyse à une décision : « Au regard de ces éléments, je recommande de… ».

4. Préparer ses messages en fonction de son public.

Un message pertinent n’est pas seulement un message juste. C’est un message compris et utile à ceux qui l’écoutent. Quel est votre objectif ? Qu’est-ce que votre interlocuteur sait déjà ? Quels sont ses enjeux, ses contraintes et ses préoccupations ? Adapter son discours ne signifie pas renoncer à son point de vue, mais augmenter ses chances d’être entendue. C’est agir en intelligence situationnelle.

5. Cultiver son réseau d’influence.

Ne découvrez pas les objections le jour de la réunion. Prenez le temps d’échanger en amont, de comprendre les positions de chacun et de construire des alliances. Et n’oubliez pas de rendre visibles les contributions des autres : l’influence se développe aussi par la réciprocité et la confiance.

Prendre sa place sans devenir quelqu’un d’autre

Il existe un dernier piège : croire que pour être visible, il faudrait adopter un modèle unique de leadership. Par exemple parler plus fort, afficher davantage de certitudes, se montrer moins sensible ou reproduire les comportements de ceux qui occupent déjà les postes de pouvoir.

Mais pourquoi faudrait-il choisir entre authenticité, empathie et influence ?

L’écoute, la coopération, la capacité à prendre du recul, l’assertivité et la vision peuvent parfaitement coexister. La question n’est pas de copier un modèle, mais de trouver la manière d’exprimer ses forces avec suffisamment de clarté et d’assurance pour qu’elles soient reconnues.

Cela demande parfois de revisiter certaines croyances : « Je dois tout maîtriser avant de parler », « Je ne veux pas déranger », « Si je suis vraiment compétente, les autres finiront bien par le voir ».

Une croyance n’est pas nécessairement une vérité. Elle peut être examinée, confrontée à l’expérience et remplacée par une conviction plus porteuse : « Je peux contribuer même si je n’ai pas toutes les réponses », « Ma parole a de la valeur », « Rendre visible mon travail aide les autres à comprendre ce que j’apporte ».

Le changement commence souvent par une action modeste, répétée jusqu’à devenir une habitude.

Et vous, quelle place souhaitez-vous prendre ?

Arrêtons de résumer le sujet à une simple injonction : « Osez prendre votre place ! » La formule peut sembler motivante, mais elle ne dit pas comment faire, ni ce qui nous retient.

La véritable question est peut-être ailleurs : quelle contribution souhaitez-vous apporter, quelles décisions voulez-vous influencer et qu’avez-vous besoin de rendre plus visible pour y parvenir ?

Vous n’avez pas à choisir entre être compétente et être reconnue, entre être authentique et être influente.

Votre expertise constitue un socle. Votre capacité à la faire comprendre, à créer des alliances et à entraîner les autres lui donne une portée supplémentaire.

Chez Inspirations Management, nous avons la conviction qu’il y a un lien entre le leadership, la qualité relationnelle et la performance durable. Pour y arriver, il s’agit d’aller au-delà d’un travail de qualité.

À vous de lui donner une voix tout en restant vous-même et en conservant votre éthique.

Co-Fondatrice, Coach, Directrice de mission, Conférencière & auteure sur le blog Inspirations Management

Marie Paule participe au développement d’Inspirations Management en créant de nouveaux formats d’accompagnement et de contenus pédagogiques afin d’être innovant dans les pratiques managériales. Elle est conférencière sur des thématiques de transformations des postures managériales. Elle nourrit ce blog avec une vision vivante et réfléchie du management, qu’elle partage sans filtre.