
Dans un contexte économique et opérationnel instable, les indicateurs sont incertains et les relations peuvent tomber dans la morosité. Face à des résultats en tension et des équipes sous pression, le réflexe naturel d’un manager est de resserrer le contrôle et le suivi et d’accélérer le rythme.
Face à la pression, la charge mentale des équipes augmente de manière exponentielle. Les collaborateurs traversent des doutes, font face à des pertes de repères ou subissent une surcharge plus ou moins visible.
Le manager quant à lui se concentre sur l’opérationnel, avec l’intention prioritaire de sécuriser ou redresser les résultats. Il peut alors basculer inconsciemment dans un mode de management directif. Les échanges se résument à des reportings et des arbitrages à court terme. Le manager n’est alors plus en mesure d’être vraiment à l’écoute de son équipe comme de lui-même.
C’est en période de crise que les managers, ne prenant plus la hauteur nécessaire, peuvent devenir sourds aux besoins des équipes.
Le paradoxe de l’écoute : Le manager pense écouter parce qu’il échange au quotidien : il vérifie que le travail est fait, que les équipes tiennent les délais et gèrent les priorités. Mais entend-il réellement les signaux faibles émis par ses collaborateurs ?
La réalité du terrain : Le collaborateur n’ose plus exprimer ses difficultés, de peur d’ajouter de la complexité ou par sentiment de non-reconnaissance des difficultés qu’il traverse.
Cette déconnexion progressive est un facteur majeur de démotivation et de désengagement. Alors que la qualité de la relation managériale est un élément central de performance, la communication et, plus spécifiquement, l’écoute active deviennent un impératif stratégique pour aligner les équipes et traverser les zones de turbulence.
L’écoute active est une posture managériale qui consiste à se mettre pleinement à la disposition de son interlocuteur pour comprendre son message au-delà des simples mots. Contrairement à l’écoute passive – où le manager entend tout en préparant mentalement sa réplique –, l’écoute active demande un effort d’attention structuré. Elle repose sur trois piliers :
Cette pratique permet de décoder les signaux faibles, de désamorcer les tensions et de consolider la confiance au sein des équipes.
Pratiquer l’écoute active ne se résume pas à se taire pendant que l’autre parle. L’exercice demande de structurer ses temps d’échange. Prendre le temps de préparer les moments d’interaction avec les équipes permet de définir en amont l’intention de l’échange et de s’y préparer.
Pour favoriser la qualité d’écoute dans vos réunions, surtout en période de crise, il est utile d’instaurer un sas de décompression en séparant les réunions de pilotage des chiffres (objectifs, KPI) des temps d’écoute dédiés aux ressentis et aux irritants du quotidien. Favorisez également les temps informels pour véritablement sentir le pouls de l’équipe et sa dynamique.
Investir dans les silences : Combler immédiatement les temps de pause dans la conversation est une erreur. C’est souvent dans ces espaces de silence que le collaborateur formule l’essentiel de sa pensée.
Pour évaluer objectivement sa capacité à écouter vos équipes en période complexe, voici quatre questions aussi basiques qu’essentielles pour analyser votre posture :
Prendre le temps de se questionner sur sa posture vous permettra d’agir et de modifier ce qui doit l’être dans votre communication pour mieux accueillir les émotions des collaborateurs et traverser la période.
Pour écouter réellement, il est important de prendre conscience des biais qui peuvent interférer avec une vision juste des situations. Un manager doit identifier et déjouer les pièges de son propre cerveau. Nous identifions trois biais majeurs qui empêchent une réelle écoute :
Exemple : Un manager est persuadé que le nouveau projet de digitalisation sera adopté sans difficulté par son équipe. Lors d’un point d’équipe, il retient uniquement l’avis positif d’un collaborateur enthousiaste et balaie d’un revers de main les remarques de deux autres collaborateurs qui signalent des risques techniques majeurs. Résultat : il ignore des signaux faibles essentiels, risquant ainsi de mener le projet dans le mur.
Exemple : En période de bouclage budgétaire, un manager de proximité fonce tête baissée. Un collaborateur lui fait part de sa surcharge de travail et de signes de fatigue chronique. Le manager lui répond : « Je comprends, mais on gérera ça plus tard, là il faut envoyer les chiffres avant ce soir ». L’urgence perçue étouffe l’écoute, détériorant durablement la confiance et l’engagement du collaborateur.
Exemple : Un dirigeant présente la nouvelle organisation stratégique lors d’une réunion plénière. Pour lui, le plan est limpide. Il conclut par un rapide : « C’est bon pour tout le monde ? ». Face au silence de l’assemblée, il en déduit une adhésion totale. En réalité, les managers de managers sont perplexes face aux zones d’ombre opérationnelles, ce qui crée des interprétations divergentes sur le terrain.L’écoute active en période d’incertitude n’est pas un attribut inné : c’est une compétence managériale qui s’apprend, se structure et s’entretient à tous les niveaux de l’organisation, du manager de proximité au dirigeant. Lorsque la pression monte, la qualité de la relation reste le premier amortisseur de crise et le principal moteur d’engagement.
Responsable communication, Associée & auteure sur le blog Inspirations Management
Angélique conçoit des contenus clairs, utiles et ancrés dans les enjeux du management d’aujourd’hui. Elle transforme les idées de l’équipe en articles impactants, pensés pour les managers, RH et dirigeants. Avec un prisme de communicante, elle met en avant dans ce blog des convictions et des pratiques qui font évoluer le management.