
Dans un monde complexe où l’incertitude est devenue la norme, le mythe du leader stoïque et invulnérable n’est plus d’actualité. Dans la réalité du quotidien, les équipes attendent de leurs managers et de leurs dirigeants qu’ils tombent le masque, qu’ils soient eux-mêmes, qu’ils sachent accueillir leurs faiblesses et qu’ils expriment leurs difficultés ; ces postures ne sont plus aujourd’hui considérées comme des aveux d’échec. Au contraire, cette capacité à oser dire et se montrer vulnérable est une compétence relationnelle déterminante pour maintenir l’engagement et développer la performance.
Le conseil classique donné aux leaders pour « fendre l’armure » consiste à partager une difficulté personnelle, un coup dur vécu, une expérience compliquée ou difficile pour démontrer sa personnalité.
Si cette démarche génère de la sympathie et souligne l’humanité du manager, elle peut parfois aussi montrer une image moins flatteuse et avoir un effet inverse sur les équipes. Sur ce point, les études de Namrata Goyal, Krishna Savani, Sven Engesser et Veronika Job montrent que toutes les confidences, même si elles sont authentiques, ne vont pas avoir la même influence.
Alors de quelle façon être authentique quand on est un leader ? Quels pièges éviter ?
Un leader peut faire le choix pour développer son impact de partager une histoire vécue ou une anecdote. Pour cela, les dirigeants et les leaders vont avoir deux façons principales de se raconter :
Lorsqu’un dirigeant partage avec ses équipes une expérience personnelle marquante, ce n’est pas seulement la situation vécue qui compte, mais la manière dont il a choisi d’agir. A-t-il simplement réagi aux événements ou a-t-il pris l’initiative d’influencer leur cours ? Cette capacité à faire des choix conscients et à agir intentionnellement, plutôt que de subir les circonstances, illustre ce que l’on appelle l’agentivité.
Les leaders perçus comme les plus authentiques ne sont pas seulement ceux qui montrent ce qu’ils ont enduré, mais ceux qui assument, librement et sans y être poussés, les choix qu’ils ont faits, y compris quand cela s’est conclu par un faux pas.
Les mots pour présenter cette qualité comportementale sont nombreux :
Quel que soit le terme utilisé (à vous de choisir celui qui vous parle le mieux), il est important de comprendre qu’il ne s’agit pas simplement de faire preuve de transparence et d’authenticité mais de démontrer sa capacité à agir pour influer sur les situations.
Pour développer un leadership à la fois authentique et agentif, voilà 3 clés.
Annoncer une mauvaise nouvelle financière relève de la transparence (l’information est obligatoire). Partager spontanément et sans obligation une information relève de l’authenticité. L’impact naît de la démarche volontaire.
Un leader gagne davantage en crédibilité en expliquant une erreur qui est la conséquence d’un choix qu’il a fait (par exemple une tentative de process de travail qui a échoué) plutôt qu’une mésaventure qu’il a subie (un problème technique indépendant de sa volonté).
Le niveau d’expérience du leader joue un rôle dans sa crédibilité. Un dirigeant installé ou un manager de managers expérimenté disposent d’un « crédit » qui leur permet d’assumer des méthodes non conventionnelles avec assurance. Un manager de proximité débutant gagnera à asseoir d’abord sa légitimité opérationnelle avant de bousculer les codes.
Le développement de cette posture tout à la fois d’authenticité et d’agentivité exige un travail sur soi et souvent d’un accompagnement ciblé et progressif. Savoir assumer ses choix et les erreurs ou difficultés qui en résultent ne s’improvise pas. C’est un apprentissage qui permet, au final, de diriger avec justesse et de fédérer durablement, même dans la complexité.
Sources
https://hbr.org/2026/10/research-when-being-authentic-undermines-your-leadership
A partir des travaux de :
Namrata Goyal, professeure adjointe en comportement organisationnel à l’Esade Business School, au sein de l’université Ramon Llull.
Krishna Savani, professeur de management à l’université polytechnique de Hong Kong.
Sven Engesser, professeur de communication à l’université technique de Dresde.
Veronika Job, professeure de psychologie à l’université de Vienne.
Responsable communication, Associée & auteure sur le blog Inspirations Management
Angélique conçoit des contenus clairs, utiles et ancrés dans les enjeux du management d’aujourd’hui. Elle transforme les idées de l’équipe en articles impactants, pensés pour les managers, RH et dirigeants. Avec un prisme de communicante, elle met en avant dans ce blog des convictions et des pratiques qui font évoluer le management.